Non-résident fiscal : quels impôts payer encore en France
Quitter la France ne met pas fin à toute relation avec le fisc français. Dès lors que vous conservez un bien immobilier, des placements ou des revenus en France, vous restez, en tant que non-résident fiscal, redevable de certains impôts. Voici, impôt par impôt, ce qui reste dû en France après votre départ : revenus fonciers, plus-values, IFI, assurance vie et donations.
Qu’est-ce qu’un non-résident fiscal en France ?
Vous êtes non-résident fiscal en France lorsque vous ne remplissez aucun des critères du domicile fiscal fixés par l’article 4 B du CGI (foyer, activité professionnelle principale, centre des intérêts économiques)[1], ou lorsqu’une convention fiscale vous considère comme résident de l’autre État[1]. Si vous avez un doute sur ce point, notre article sur la résidence fiscale en France vous aidera à y voir clair.
Le non-résident est soumis à une obligation fiscale limitée : il n’est imposable en France que sur ses revenus de source française[2] et, pour l’IFI, sur ses biens immobiliers français[3]. Son dossier est en principe géré par le service des impôts des particuliers non-résidents[4].
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3 questions pour savoir si cet article peut vous aider
1. Sur quels revenus un non-résident fiscal est-il imposable en France ?
2. Quel est le taux minimum d’impôt sur le revenu applicable, en principe, aux non-résidents sur la première fraction de leurs revenus ?
3. Un non-résident est-il redevable de l’IFI ?
Les revenus de source française imposables pour un non-résident
Revenus fonciers des non-résidents
Les loyers d’un bien situé en France sont imposables en France, y compris selon la quasi-totalité des conventions fiscales, qui attribuent ce droit à l’État de situation de l’immeuble. Les revenus fonciers sont déterminés selon les règles de droit commun (micro-foncier ou régime réel), puis soumis au barème progressif avec un taux minimum propre aux non-résidents[5].
S’y ajoutent les prélèvements sociaux. Toutefois, les non-résidents affiliés à un régime de sécurité sociale d’un État de l’Espace économique européen ou de la Suisse ne paient pas la CSG ni la CRDS sur ces revenus : ils restent redevables du seul prélèvement de solidarité de 7,5 %[6][7].
Plus-values immobilières
La vente d’un bien immobilier situé en France par un non-résident est imposée en France au taux proportionnel de 19 %, après abattements pour durée de détention[8][9], auxquels s’ajoutent les prélèvements sociaux ou le prélèvement de solidarité selon votre affiliation[6][7]. Dans certains cas, un représentant fiscal doit être désigné[8]. Une exonération partielle existe, sous conditions, pour la cession de l’ancienne habitation en France de certains ressortissants européens[9].
Dividendes et revenus financiers
Les dividendes versés par une société française à un non-résident personne physique supportent en principe une retenue à la source de 12,8 %[10], dans la limite du plafond prévu par la convention fiscale applicable (souvent 15 %). Lorsque ce plafond est supérieur au taux interne, c’est le taux interne qui s’applique : une convention ne peut pas alourdir l’impôt. Les intérêts sont en règle générale exonérés de retenue à la source en France, sauf paiement dans un État ou territoire non coopératif[11].
Salaires et pensions de source française
Les salaires rémunérant une activité exercée en France et les pensions versées par un organisme français peuvent rester imposables en France. Tout dépend de la convention fiscale : de nombreuses conventions réservent par exemple les pensions privées à l’État de résidence, et les pensions publiques à l’État qui les verse.
Le taux minimum d’imposition des non-résidents
L’article 197 A du CGI prévoit que l’impôt d’un non-résident ne peut être inférieur à 20 % du revenu net imposable, jusqu’à la limite supérieure de la deuxième tranche du barème, et à 30 % au-delà[5]. Ce minimum n’est pas une fatalité : si vous démontrez que le taux moyen de l’impôt français sur l’ensemble de vos revenus mondiaux serait inférieur, c’est ce taux moyen qui s’applique[5]. Pour des revenus modestes, cette option peut réduire sensiblement la facture.
[…] a. Perçoivent des revenus de source française ; l’impôt ne peut, en ce cas, être inférieur à un montant calculé en appliquant un taux de 20 % à la fraction du revenu net imposable inférieure ou égale à la limite supérieure de la deuxième tranche du barème de l’impôt sur le revenu et un taux de 30 % à la fraction supérieure à cette limite ; […] toutefois, lorsque le contribuable justifie que le taux de l’impôt français sur l’ensemble de ses revenus de source française ou étrangère serait inférieur à ces minima, ce taux est applicable à ses revenus de source française.
Article 197 A du CGI, version en vigueur [5]
IFI non-résident : seulement l’immobilier français
L’impôt sur la fortune immobilière concerne aussi les non-résidents, mais uniquement sur leurs actifs immobiliers situés en France, détenus directement ou, sous conditions, par l’intermédiaire de sociétés[3]. Le seuil d’imposition est le même que pour les résidents : un patrimoine immobilier net taxable supérieur à 1,3 million d’euros au 1er janvier[3][12]. La loi de finances pour 2026 n’a modifié ni le champ ni le seuil de l’IFI[13].
Les dettes déductibles obéissent à des règles strictes, et certaines conventions peuvent modifier la répartition du droit d’imposer, notamment pour les titres de sociétés à prépondérance immobilière. Une vérification au cas par cas s’impose.
Assurance vie et non-résident fiscal français
Vous pouvez en principe conserver votre contrat d’assurance vie français après votre départ. Sa fiscalité change toutefois :
- les rachats supportent en principe un prélèvement forfaitaire en France sur la part de produits, à un taux qui dépend notamment de l’ancienneté du contrat et de la date des versements[14] ;
- les prélèvements sociaux ne sont en principe pas dus par les non-résidents sur ces produits[7] ;
- la convention fiscale peut réduire ou supprimer l’imposition française, et le pays de résidence peut lui-même imposer les gains ;
- au décès, la taxation des capitaux transmis dépend notamment de la résidence de l’assuré et du bénéficiaire.
Contrairement à une idée répandue, l’assurance vie n’est pas concernée par l’exit tax au moment du départ. Mais la combinaison des règles françaises et étrangères impose une revue de chaque contrat.
Donation à un non-résident fiscal français
La donation à un non-résident fiscal français, comme la succession, est une situation fréquente, par exemple lorsqu’un parent resté en France aide un enfant installé à l’étranger. Selon l’article 750 ter du CGI :
- si le donateur est domicilié en France, la donation est imposable en France sur l’ensemble des biens donnés, où qu’ils se trouvent et quelle que soit la résidence du bénéficiaire[15] ;
- si le donateur est non-résident, seuls les biens situés en France sont en principe taxables, sauf si le bénéficiaire est domicilié en France et l’a été pendant au moins six des dix dernières années[15] ;
- les abattements de droit commun s’appliquent, notamment 100 000 euros par parent et par enfant, renouvelable tous les quinze ans[16][17].
1° Les biens meubles et immeubles situés en France ou hors de France, […] lorsque le donateur ou le défunt a son domicile fiscal en France au sens de l’article 4 B […]
3° Les biens meubles et immeubles situés en France ou hors de France, […] reçus par l’héritier, le donataire, le légataire ou le bénéficiaire d’un trust défini au même article 792-0 bis qui a son domicile fiscal en France au sens de l’article 4 B. Toutefois, cette disposition ne s’applique que lorsque l’héritier, le donataire ou le bénéficiaire d’un trust a eu son domicile fiscal en France pendant au moins six années au cours des dix dernières années précédant celle au cours de laquelle il reçoit les biens.
Article 750 ter du CGI, version en vigueur [15]
Le pays de résidence du bénéficiaire peut également taxer la donation. Les conventions en matière de donations sont rares : le risque de double imposition doit donc être étudié avant l’opération.
Les impôts dus en France par un non-résident
| Revenus fonciers | Imposables en France, taux minimum de 20 % ou 30 %, prélèvements sociaux ou prélèvement de solidarité de 7,5 %[5][6][7] |
| Plus-values immobilières | 19 % plus prélèvements sociaux ou prélèvement de solidarité[8][9] |
| Dividendes | Retenue à la source de 12,8 %, souvent réduite par convention[10] |
| IFI | Biens immobiliers situés en France, au-delà de 1,3 M€ de patrimoine net taxable[3] |
| Assurance vie | Prélèvement sur les rachats, sous réserve de la convention ; pas de prélèvements sociaux en principe |
| Donations | Imposables en France si le donateur y est domicilié, ou sur les biens français |
| Impôts locaux | Taxe foncière et, le cas échéant, taxe d’habitation sur les résidences secondaires |
Les impôts locaux restent dus
Propriétaire d’un bien en France, vous restez redevable de la taxe foncière[18]. Si vous conservez un logement à votre disposition, il est traité comme une résidence secondaire et peut être soumis à la taxe d’habitation correspondante[18], éventuellement majorée dans certaines communes[19].
Non-résident : vos rendez-vous avec le fisc français
- Chaque printempsDéclaration des revenus de source française
- Au 1er janvierÉvaluation du patrimoine immobilier français pour l’IFI
- Avant un versementFormulaire conventionnel pour réduire la retenue sur les dividendes
- À l’automneTaxe foncière, et taxe d’habitation si le logement reste à votre disposition
Déclarer ses revenus en tant que non-résident
Un non-résident qui perçoit des revenus de source française doit déposer chaque année une déclaration de revenus, en principe en ligne[2] ; l’année du départ, une déclaration complémentaire n° 2042-NR recense les revenus de source française perçus après le départ[20]. Selon votre pays de résidence, la convention fiscale applicable peut réduire ou supprimer l’imposition française (voir, par exemple, la convention France Espagne). Ces déclarations sont souvent source d’erreurs, en particulier sur le taux minimum et l’application des crédits d’impôt.
Se faire accompagner par un avocat en fiscalité internationale
La fiscalité des non-résidents mêle droit interne, conventions et règles du pays d’accueil. Un avocat en fiscalité internationale vous aide à identifier ce qui reste imposable en France, à optimiser légalement votre situation et à régulariser si nécessaire.
Vous conservez un bien, des placements ou des revenus en France ? Faites relire votre prochaine déclaration de non-résident par le Cabinet : le taux minimum et les crédits d’impôt conventionnels sont les deux erreurs les plus fréquentes, et les plus faciles à corriger en amont.
Sources et textes de référence
- Article 4 B du Code général des impôts, version en vigueur (Légifrance)
- Dois-je déclarer mes revenus en France ? (impots.gouv.fr)
- Article 964 du Code général des impôts, version en vigueur (Légifrance)
- Est-ce que je dépends du service des impôts des particuliers non-résidents ? (impots.gouv.fr)
- Article 197 A du Code général des impôts, version en vigueur (Légifrance)
- Article 235 ter du Code général des impôts, version en vigueur (Légifrance)
- Article L. 136-6 du Code de la sécurité sociale, version en vigueur (Légifrance)
- Article 244 bis A du Code général des impôts, version en vigueur (Légifrance)
- Article 150 U du Code général des impôts, version en vigueur (Légifrance)
- Article 187 du Code général des impôts, version en vigueur (Légifrance)
- Article 125 A du Code général des impôts, version en vigueur (Légifrance)
- Article 977 du Code général des impôts, version en vigueur (Légifrance)
- Loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026 (Légifrance)
- Article 125-0 A du Code général des impôts, version en vigueur (Légifrance)
- Article 750 ter du Code général des impôts, version en vigueur (Légifrance)
- Article 779 du Code général des impôts, version en vigueur (Légifrance)
- Article 784 du Code général des impôts, version en vigueur (Légifrance)
- Article 1407 du Code général des impôts, version en vigueur (Légifrance)
- Article 1407 ter du Code général des impôts, version en vigueur (Légifrance)
- Formulaire n° 2042-NR, déclaration des revenus complémentaire (impots.gouv.fr)