Résidence fiscale en France : les critères et comment prouver qu’on est parti
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Vous vivez désormais à l’étranger, mais l’administration fiscale française vous considère toujours comme son contribuable ? La situation est plus fréquente qu’on ne le pense. La résidence fiscale ne dépend ni de votre nationalité, ni de l’adresse figurant sur vos documents, ni d’une simple règle des 183 jours. Elle obéit à des critères juridiques précis, fixés par l’article 4 B du Code général des impôts[1]. Ce guide détaille ces critères, la façon dont une convention fiscale tranche entre deux pays et les preuves à réunir pour démontrer un départ réel.
Qu’est-ce que la résidence fiscale ?
La résidence fiscale désigne l’État dans lequel vous êtes soumis à une obligation fiscale illimitée, c’est-à-dire imposé sur l’ensemble de vos revenus mondiaux[2]. En droit interne français, on parle de domicile fiscal.
L’enjeu est considérable. Un résident fiscal français est imposable en France sur tous ses revenus, qu’ils proviennent de France ou de l’étranger, et doit déclarer ses comptes et contrats détenus hors de France. Un non-résident n’est imposable en France que sur ses revenus de source française[2]. Le départ à l’étranger peut aussi déclencher l’exit tax pour les détenteurs de titres importants.
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3 questions pour savoir si cet article peut vous aider
1. Combien de critères alternatifs l’article 4 B du CGI retient-il, en règle générale, pour définir le domicile fiscal ?
2. Passer moins de 183 jours par an en France suffit-il à ne plus y être résident fiscal ?
3. En cas de double résidence fiscale, qu’est-ce qui permet de trancher ?
Les critères de la résidence fiscale en France (article 4 B du CGI)
L’article 4 B du CGI retient trois critères alternatifs. Il suffit d’en remplir un seul pour être considéré comme fiscalement domicilié en France[1][2].
Les trois critères du domicile fiscal français
- 1Foyer ou séjour principalLà où vit votre famille ; à défaut, le pays où vous séjournez le plus
- 2Activité professionnelleActivité salariée ou non exercée en France, sauf si elle est accessoire
- 3Intérêts économiquesPrincipaux investissements, siège des affaires, source de la majorité des revenus
Un seul critère rempli suffit à rester résident fiscal français, sauf si une convention attribue la résidence à l’autre État.
Le foyer ou le lieu de séjour principal en France
Le foyer s’entend du lieu où vous habitez normalement et où vit votre famille, en particulier votre conjoint et vos enfants[2]. Si votre famille reste en France alors que vous travaillez à l’étranger, vous pouvez rester résident fiscal français. À défaut de foyer identifiable, on retient le lieu de séjour principal, c’est-à-dire le pays où vous avez séjourné le plus longtemps au cours de l’année[2].
1. Sont considérées comme ayant leur domicile fiscal en France au sens de l’article 4 A :
a. Les personnes qui ont en France leur foyer ou le lieu de leur séjour principal ;
Article 4 B du CGI, 1, a, version en vigueur [1]
L’activité professionnelle principale en France
Vous êtes résident fiscal français si vous exercez en France une activité professionnelle, salariée ou non, à moins qu’elle n’y soit exercée qu’à titre accessoire[1]. En cas de pluralité d’activités, c’est l’activité principale qui compte, appréciée notamment au regard du temps qui y est consacré et des revenus qu’elle procure[2].
b. Celles qui exercent en France une activité professionnelle, salariée ou non, à moins qu’elles ne justifient que cette activité y est exercée à titre accessoire ;
Article 4 B du CGI, 1, b, version en vigueur [1]
Le centre des intérêts économiques en France
Enfin, vous êtes résident fiscal français si vous avez en France le centre de vos intérêts économiques : lieu de vos principaux investissements, siège de vos affaires, lieu d’où vous administrez vos biens, ou pays dont vous tirez la majeure partie de vos revenus[1][2].
c. Celles qui ont en France le centre de leurs intérêts économiques.
Article 4 B du CGI, 1, c, version en vigueur [1]
Les cas particuliers prévus par la loi
Certains agents de l’État et des collectivités publiques en poste à l’étranger restent fiscalement domiciliés en France dans les conditions prévues par le texte[1]. Par ailleurs, depuis la loi de finances pour 2020, les dirigeants d’entreprises dont le siège est situé en France et dont le chiffre d’affaires annuel excède 250 millions d’euros sont réputés exercer leur activité professionnelle principale en France, sauf preuve contraire[1][3].
La règle des 183 jours : une idée reçue
Il est courant d’entendre qu’il suffit de passer moins de 183 jours par an en France pour ne plus y être imposable. C’est inexact. Le seuil des six mois n’est qu’un indice utilisé pour apprécier le lieu de séjour principal, lui-même subsidiaire par rapport au foyer[2]. Un contribuable qui passe 100 jours par an en France peut parfaitement y rester résident fiscal si sa famille y vit, s’il y exerce son activité principale ou si ses revenus proviennent majoritairement de France.
Différence entre domicile et résidence fiscale
La différence entre domicile et résidence fiscale est source de nombreuses confusions. Trois notions coexistent et ne se recouvrent pas nécessairement :
Domicile civil, domicile fiscal et résidence conventionnelle
| Domicile civil | Lieu du principal établissement de la personne (article 102 du Code civil)[4]. Notion de droit civil, sans effet direct sur l’impôt. |
| Domicile fiscal | Notion propre au droit fiscal français, définie par l’article 4 B du CGI (foyer, activité, intérêts économiques)[1]. |
| Résidence conventionnelle | Notion définie par la convention fiscale applicable, qui prime en cas de conflit entre deux États[5][6]. |
| Adresse déclarée | Simple indice, qui ne suffit jamais à établir ou à écarter une résidence fiscale. |
| Nationalité | Sans incidence en droit interne, elle n’intervient qu’en dernier recours dans certaines conventions. |
Autrement dit, vous pouvez avoir votre adresse officielle à l’étranger tout en restant domicilié fiscalement en France. C’est la réalité de votre situation qui compte, pas les apparences administratives.
Double résidence fiscale : comment la convention tranche
Il arrive que deux États vous considèrent simultanément comme leur résident, chacun selon sa propre législation. On parle alors de double résidence fiscale. Si une convention fiscale lie les deux pays, elle prévoit des critères de départage appliqués dans un ordre strict, inspirés du modèle de convention fiscale de l’OCDE[6] :
- le foyer d’habitation permanent ;
- à défaut ou s’il en existe deux, le centre des intérêts vitaux (liens personnels et économiques les plus étroits) ;
- puis le lieu de séjour habituel ;
- puis la nationalité ;
- en dernier recours, un accord entre les autorités compétentes des deux États.
Ces critères conventionnels priment sur le droit interne[5] : l’article 4 B du CGI précise d’ailleurs qu’une personne n’est pas domiciliée en France lorsqu’une convention la considère comme résidente de l’autre État[1]. En l’absence de convention, le risque d’une double imposition effective est réel.
Les personnes qui satisfont à l’un au moins des critères fixés aux a à c du présent 1 ne peuvent toutefois pas être considérées comme ayant leur domicile fiscal en France lorsque, par application des conventions internationales relatives aux doubles impositions, elles ne sont pas regardées comme résidentes de France.
Article 4 B du CGI, 1, dernier alinéa, version en vigueur [1]
Changement de résidence fiscale en cours d’année
Le changement de résidence fiscale en cours d’année ne coupe pas l’année en deux impôts distincts, mais il modifie l’étendue de votre imposition. En pratique, l’année du départ :
- vous êtes imposé en France sur l’ensemble de vos revenus perçus jusqu’à la date du départ ;
- puis uniquement sur vos revenus de source française perçus après cette date ;
- la déclaration est déposée l’année suivante, en indiquant votre date de départ et votre nouvelle adresse, et votre dossier relève ensuite du service des impôts des particuliers non-résidents.
La date retenue doit être cohérente avec la réalité : date de déménagement effectif, de prise de poste, d’installation de la famille. Une incohérence entre ces éléments est souvent le point de départ d’une remise en cause.
L’année du départ, en pratique
- Du 1er janvier au départImposition en France sur l’ensemble des revenus mondiaux
- Après le départImposition en France sur les seuls revenus de source française
- Année suivanteUne déclaration, date de départ et nouvelle adresse indiquées
- EnsuiteDossier suivi par le service des impôts des particuliers non-résidents
Comment prouver que vous avez quitté la France ?
En cas de contrôle, c’est en principe à l’administration de démontrer que vous remplissez l’un des critères de l’article 4 B. Mais en pratique, celui qui ne peut produire aucun élément tangible se trouve en position fragile. Il est donc prudent de constituer, dès le départ, un dossier de preuves :
- bail ou acte d’acquisition du logement à l’étranger, factures d’énergie et d’internet ;
- contrat de travail, statuts de société ou justificatifs d’activité dans le pays d’accueil ;
- certificats de scolarité des enfants et justificatifs d’installation du conjoint ;
- certificat de résidence fiscale délivré par l’administration étrangère et avis d’imposition locaux ;
- résiliation ou mise en location du logement français, changement d’adresse auprès des organismes ;
- relevés bancaires et justificatifs de présence (billets, tampons, agendas) permettant de reconstituer vos séjours.
Aucun document n’est décisif à lui seul. C’est le faisceau d’indices qui emporte la conviction, d’où l’importance de la cohérence d’ensemble.
Les risques d’une remise en cause de votre résidence fiscale
Si l’administration estime que vous êtes resté résident fiscal français, elle peut réintégrer l’ensemble de vos revenus mondiaux dans l’assiette de l’impôt français. La remise en cause intervient souvent lors d’un examen de situation fiscale personnelle. Le délai de reprise de droit commun est de trois ans[7], mais il peut être étendu jusqu’à dix ans, notamment lorsqu’une personne se prévaut d’une fausse domiciliation fiscale à l’étranger ou lorsque des comptes ou contrats détenus à l’étranger n’ont pas été déclarés[7]. Des majorations de 40 % ou 80 % peuvent s’ajouter en cas de manquement délibéré ou de manœuvres frauduleuses[8], et les situations les plus graves peuvent relever du juge pénal.
Sécuriser sa résidence fiscale avec un avocat
La détermination de la résidence fiscale est l’une des questions les plus contentieuses du droit fiscal international. Un avocat en fiscalité internationale analyse votre situation au regard du droit interne et de la convention applicable, vous aide à documenter votre départ et vous défend en cas de contestation.
Vous préparez votre départ, ou l’administration vous interroge déjà sur votre résidence ? Écrivez au Cabinet en indiquant votre date de départ et votre pays d’accueil : c’est le point de départ de l’analyse, que ce soit pour documenter votre situation ou pour répondre à l’administration.
Sources et textes de référence
- Article 4 B du Code général des impôts, version en vigueur (Légifrance)
- BOFiP, BOI-IR-CHAMP-10, IR, champ d’application et territorialité, personnes imposables et domicile fiscal (publié le 28/07/2016)
- Loi n° 2019-1479 du 28 décembre 2019 de finances pour 2020, article 13 (Légifrance)
- Article 102 du Code civil, version en vigueur (Légifrance)
- Article 55 de la Constitution du 4 octobre 1958 (Légifrance)
- Modèle de convention fiscale concernant le revenu et la fortune de l’OCDE, version abrégée 2017, article 4 (OCDE)
- Article L. 169 du Livre des procédures fiscales, version en vigueur (Légifrance)
- Article 1729 du Code général des impôts, version en vigueur (Légifrance)